Se tenant chaque année depuis 1995, la COP (Conférence des Parties) réunit les Etats parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et les acteurs du climat du monde entier. La 25ème édition de cette conférence (COP25) se tiendra début décembre dans la capitale espagnole. Cette année fut pourtant celle d’un rebondissement inattendu : suite à la décision du gouvernement chilien de ne pas accueillir la COP25 en raison de la crise sociale que connaît actuellement le pays, le bureau de la CCNUCC a accepté la proposition du gouvernement espagnol d’en être l’hôte.  Ainsi, la conférence, se déroulera aux dates initiales, du 2 au 13 décembre prochain à l’IFEMA – Feria de Madrid, et sera présidée par la Ministre de l’Environnement du Chili, Mme Carolina Schmidt.

Au-delà de l’événement en lui-même, l’orientation donnée par le Chili est également maintenue : annoncée bleue, d’où son surnom de « Blue COP », cette COP hispano-chilienne donnera une place centrale aux enjeux océaniques, avec pour objectif principal la hausse des ambitions des Etats parties en matière de lutte contre le changement climatique.

Qu’est-ce que la COP et quels enjeux pour cette 25ème édition ? 

La Conférence des Parties est l’organe suprême de décision de la CCNUCC. Les Etats parties s’y rassemblent chaque année afin d’assurer un suivi de la mise en œuvre de la CCNUCC, en accord avec les différents instruments y étant adoptés. Dès lors, la COP25 doit être considérée dans la lignée des précédentes COP et notamment de la COP21 en 2015 qui a donné naissance à l’Accord de Paris. Les Etats parties s’y étaient engagés à maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C et à poursuivre les efforts pour le limiter à 1.5°C, notamment à travers un système de contributions et d’engagements volontaires : les fameuses contributions déterminées au niveau national (NDC) qui fixent des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par pays. Dans cette optique, il est donc fondamental pour les Etats d’accroître leur ambition afin d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

En 2018, lors de la COP24 à Katowice, en Pologne, les Etats parties à la CCNUCC ont adopté les règles de mise en œuvre (« Rulebook ») de l’Accord de Paris. Cependant, les négociateurs n’étaient pas parvenus à se mettre d’accord sur la mise en œuvre de son article 6 prévoyant que les États puissent atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de GES en coopérant entre eux, via un système d’échange des émissions de carbone. Dans le cadre de ce mécanisme, les pays à faibles émissions seraient autorisés à vendre leurs quotas excédentaires aux grands émetteurs. L’offre et la demande de quotas d’émissions conduiraient à l’établissement d’un prix mondial du carbone qui ferait peser les externalités négatives des émissions de GES sur les plus gros pollueurs. Un tel système, s’il est mis en œuvre, permettrait de réduire les émissions mondiales de manière plus juste et plus rentable et d’équilibrer le fardeau global de la lutte contre le changement climatique. Cependant, l’établissement d’un tel marché des émissions suscite des débats ardus au sein des différents groupes d’Etats en raison des risques de double comptabilité qu’il suppose (entre le pays vendeur et le pays acheteur se prévalant tous deux de la réduction des émissions). La fixation du prix des émissions, qui incite ou non les Etats à relever leurs ambitions, a davantage cristallisé les tensions portant sur cet article 6. A la COP25, les Etats parties devront donc en priorité s’entendre sur ce 6ème article afin de finaliser le “Rulebook” qui doit permettre l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris dès 2020.

Au cœur des considérations liées à la justice climatique, l’enjeu des « pertes et préjudices » est également crucial et devrait être central lors des négociations à Madrid. Les petits Etats insulaires et les pays en développement subissent déjà de plein fouet les conséquences du changement climatique. Les dégâts pour les communautés humaines et leurs moyens de subsistance sont parfois irréversibles. A ce titre, la communauté internationale devrait réévaluer durant la COP cette question dite des « pertes et préjudices ». Si l’article 8 de l’Accord de Paris – adopté in extremis en 2015 – reconnait cet enjeu comme troisième pilier de l’action climatique, aucune piste concrète n’a été identifiée à ce jour pour y répondre financièrement. A la COP25, il est espéré de la communauté internationale qu’elle se mobilise pour venir en aide aux pays les plus vulnérables à travers des sources financières nouvelles et innovantes.

Cette COP25 sera également l’occasion pour les acteurs de la société civile de réfléchir à l’avenir de l’Agenda Global de l’Action Climatique, lancé en 2016 lors de la COP22 à Marrakech. Cet agenda a pour objectif d’appuyer les engagements pris par les Etats en accordant une place centrale et officielle aux acteurs non-étatiques et aux solutions qu’ils portent. Dans le contexte de la révision à la hausse des contributions déterminées au niveau national (NDC), dont le premier cycle de révision est prévu pour 2020 lors de la COP26 à Glasgow (Royaume-Uni), Madrid sera l’occasion de renforcer l’ambition et la coopération entre les différents acteurs.

 

Oceanic manta ray flying around a cleaning station in cristal blue water. Crédit : The SEA People

La COP25 fera la part belle aux enjeux océaniques

La présidence chilienne maintenue, le ton donné par le Chili est également conservé.  Cette COP hispano-chilienne sera donc bleue. Le Chili, pays longitudinal ouvert sur l’océan Pacifique et fort de la dixième plus grande zone économique exclusive (ZEE), avait en effet souhaité s’engager en faveur de l’océan et donner cette tournure inédite à l’événement qu’il devait originellement accueillir.

L’océan, auparavant grand absent des négociations climatiques internationales jusqu’à la COP21, a progressivement acquis une place plus importante dans l’agenda international, à la hauteur de son rôle singulier dans la régulation du climat. En effet, s’inscrivant dans un contexte international propice avec la sortie du Rapport Spécial du GIEC sur l’Océan et la Cryosphère dans le contexte du Changement Climatique (SROCC) et dans l’optique de la future Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030), la COP25 fera la part belle aux enjeux océaniques.

Elle sera donc l’occasion d’endosser les conclusions de ce Rapport Spécial qui constituent une base scientifique pour les décisions politiques afférentes. Il alerte sur l’état de dégradation de l’océan qui est pourtant au cœur de la machine climatique. L’océan est en effet capable d’absorber d’importantes quantités de chaleur et de carbone, toutes deux d’origine anthropique, et ainsi d’atténuer le changement climatique. L’homme en est également fortement dépendant de par ses activités économiques et les ressources minérales et alimentaires que l’océan lui fournit. Dans ce Rapport Spécial, le GIEC alerte sur l’état de l’océan en ciblant les enjeux liés à l’élévation du niveau de la mer, la fragilité des écosystèmes, l’intensification des événements extrêmes, le réchauffement de l’eau, son acidification et sa désoxygénation. Il nous rappelle néanmoins que l’océan est également porteur de solutions, ce qui justifie la nécessité de sa protection et de sa prise en compte dans les politiques climatiques. 

A ce titre, le programme de travail de Nairobi, mécanisme de la CCNUCC visant à faciliter le développement et le partage de la connaissance en matière de politiques d’adaptation, s’est ainsi concentré sur l’océan en cette année 2019 et entend présenter les résultats de ses travaux à Madrid. Par ailleurs, le Chili lancera au moment de la COP25 une Plateforme pour des solutions océaniques basées sur la science (PBSOS). Celle-ci a pour ambition d’assurer un lien entre les contributions déterminées au niveau national et les autres mécanismes concourant à des objectifs similaires. Enfin, l’initiative Because The Ocean, regroupant 39 Etats signataires et dont la Plateforme Océan et Climat est partenaire, y présentera les conclusions de son rapport qui identifie des mesures relatives à l’océan pouvant contribuer à l’adaptation et l’atténuation du changement climatique. Ce rapport encourage les Etats à intégrer ces dernières dans leurs stratégies climatiques (NDC, plans nationaux d’adaptation et communications d’adaptation).

La COP25 s’apprête donc à accueillir plus d’une centaine d’événements dédiés à l’océan et organisés par les Etats ou acteurs de la société civile. A cette occasion, la Plateforme Océan et Climat lancera son Plaidoyer fort de 20 recommandations pour « un océan en bonne santé, un climat protégé ». Fruit du travail et de l’expertise de ses 75 membres, ce plaidoyer propose des solutions et des mesures concrètes, fondées sur les dernières informations scientifiques disponibles, pour alerter les décideurs de l’urgente nécessité d’agir en faveur de la protection de l’océan, de ses écosystèmes et des sociétés humaines dans la lutte contre le changement climatique.

Thomas Brunel, Gauthier Carle, Plateforme Océan et Climat

Crédit photo: Terry Ouzara – Fondation Tara Océan