L’océan est puissant.
Au-delà de la force de ses vagues et de ses marées, il détient par son ampleur, sa complexité et son rôle capital dans notre écosystème mondial le pouvoir de façonner notre avenir. Aucun projet d’envergure pour notre planète ne peut donc se faire sans lui.
C’est ce qui en fait notre allié dans les combats que nous menons sur terre — au nom de la lutte contre le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution, l’autoritarisme, ou encore en faveur des droits humains et de la science.
Nous sommes la “communauté océan” : peuples côtiers, ONG, scientifiques, amoureux·ses de la nature, acteurs économiques, et bien d’autres à travers le monde. Et nous exigeons un avenir meilleur.
À la veille de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan, nous affirmons notre engagement collectif pour la santé de notre océan et notre opposition collective face à l’aggravation de la destruction environnementale, à l’autoritarisme et au capitalisme non régulé. Nous appelons les gouvernements, les institutions du monde entier, les entreprises, et les citoyens à se mettre ensemble à bâtir l’avenir que nous décrivons ci-dessous, résultat de notre projet “Un océan de possibilités”. Sachez que le monde, et l’océan, vous regardent.
Il n’est pas simplement question de l’océan. Lorsqu’on s’engage en faveur d’un océan en bonne santé est un moyen de repenser l’ensemble de nos systèmes politiques, financiers et sociétaux.
Il n’est pas simplement question de notre avenir. Nous payons déjà le prix de décennies d’inaction. Ce que nous proposons est donc une vision pour demain, mais qu’il faut commencer à bâtir dès maintenant.
Notre vision est la suivante :
Un monde qui privilégie en même temps le bien-être de la nature et des êtres humains.
La poursuite effrénée du profit par une minorité a perpétué des systèmes d’exploitation et de surexploitation, tant des populations que des écosystèmes. Dans l’avenir — celui que nous devons dessiner dès maintenant — la préservation de la vie, de la santé, de la dignité de la nature et de l’humanité doivent constituer une pierre angulaire de la société et du droit.
Ce changement peut commencer dès maintenant avec l’adoption par les gouvernements du Principe de Protection de l’Océan, afin que sa protection devienne une norme et non une exception. Plutôt que de mesurer les progrès économiques par des indicateurs comme le « Rendement Maximum Durable » ou le « Produit Intérieur Brut », les décideurs politiques doivent se tourner vers des mesures plus holistiques du bien-être des écosystèmes et de la santé sociale, culturelle, mentale et physique des populations. Les droits de la nature et des peuples doivent être tenus pour inviolables, et des investissements concrets doivent être menés au nom de l’équité.
Des sociétés fondées sur la science et les faits vérifiables.
La désinformation affecte profondément notre débat public. Dans l’avenir que nous souhaitons, les dirigeant·e·s adhèrent à un principe fondamental : toute décision doit être guidée par la science, les preuves et les faits vérifiables.
Et l’océan, encore une fois, constitue le terrain idéal pour s’atteler à un tel renouveau. Nous devons réinvestir dans la science et l’éducation. Pour encourager la prochaine génération de scientifiques et d’industries bleues, les nations du monde entier doivent développer des pôles de recherche et d’innovation sur l’océan. Nous proposons de soutenir les projets internationaux de partage de données, afin de rendre l’information accessible et transparente. Dans toutes ces initiatives, nous devons aussi reconnaître et intégrer les savoirs accumulés par les communautés autochtones et locales, car nul ne comprend mieux l’océan que celles et ceux qui vivent avec lui depuis toujours.
Un monde multilatéral, alliant souveraineté et coopération.
Bien que la souveraineté locale et les cultures doivent être respectées, nous imaginons un monde qui rejette l’isolationnisme et la logique de la loi du plus fort face aux défis mondiaux. Un monde dans lequel les gouvernements collaborent avec les acteurs non étatiques pour que les ambitions et les idéaux de ces derniers nourrissent la décision. Un monde conscient que, lorsque l’eau monte, notre maison n’est pas plus sûre que celle de nos voisin·e·s.
Avec transparence, les Etats doivent mettre en œuvre leurs engagements en matière de développement durable, de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que tous les autres engagements internationaux. Dès lors, seulement, nous pourrons travailler à de nouveaux plans plus ambitieux. Les ministres des finances doivent coopérer sur de nouveaux modèles intégrant la gestion des ressources marines. De nouvelles formes de gouvernance internationale peuvent également être imaginées, telles que des “Conseils Socio-Écologiques”, des instances collectives de décision basées sur les écosystèmes plutôt que sur des frontières politiques.
Des modèles financiers fondés sur la solidarité et la durabilité.
Il est bien établi que l’équité et la conservation de la nature nécessitent davantage d’investissements. Mais ce n’est qu’un point de départ : le monde que nous imaginons aura rebâti son système financier autour des principes de justice sociale, de solidarité et de durabilité.
Avec un premier projet audacieux, comme une institution internationale entièrement dédiée au financement d’actions de défense de l’océan, on pourra démontrer que ces nouveaux systèmes peuvent fonctionner. Nous préconisons également que dès aujourd’hui, chaque pays redirige les fonds publics actuellement alloués à des subventions néfastes vers la recherche, de la conservation et des activités régénératives. Nous proposons également de reprendre le contrôle du futur de la monnaie, face aux dérives des cryptomonnaies, à travers une alternative : de nouvelles “biodevises”, dont la valeur serait indexée sur la santé à long terme des écosystèmes.
C’est l’avenir que nous imaginons. C’est l’avenir que nous exigeons.
SIGNATAIRES:
N.B. : Les institutions sont mentionnées uniquement à titre d’identification. Leur mention n’implique pas qu’elles soutiennent officiellement cet appel à l’action.
- Dona Bertarelli (Dona Bertarelli Philanthropy)
- Loreley Picourt (Ocean & Climate Platform)
- Pascal Lamy (Europe Jacques Delors)
- Isabelle Autissier (WWF France)
- Antoine Petit (CNRS)
- Romain Troublé (Tara Ocean Foundation)
- Jean François Julliard (Greenpeace France)
- Françoise Gaill (IPOS)
- François Sarano (Longitude 181)
- Sébastien Moncorps (Comité français de l’UICN)
- Antoine Gatet (France Nature Environnement)
- Alexandre Iaschine (Fondation de la Mer)
- Jimmy Pahun (Assemblée nationale)
- Rémi Parmentier (The Varda Group, Let’s Be Nice to the Ocean campaign)
- Hon. Jane Lubchenco (Oregon State University)
- Rashid Sumaila (University of British Columbia)
- Joachim Claudet (CNRS)
- Tatiana Antonelli Abella (Goumbook – MENA Oceans Initiative)
- Diva Amon (Benioff Ocean Science Laboratory at University of California, Santa Barbara)
- Jessica Arnull (University of Edinburgh / Edinburgh Ocean Leaders)
- Travis Aten (Communications Inc Limited)
- Pierre Bahurel (Mercator Ocean International)
- Ignace Beguin Billecocq (Mangrove Breakthrough)
- Philippe Bensimon (T2A Expedition)
- Maximiliano Bello (Blue Marine Foundation)
- Allain Bougrain Dubourg (LPO)
- Kate Brown (Global Island Partnership)
- Victor Brun (Ocean & Climate Platform)
- João Canning-Clode (MARE – Marine and Environmental Sciences Centre)
- Gauthier Carle (Ocean & Climate Platform)
- Antidia Citores (Green Marine Europe)
- Carlos Correa (Former Minister of Environment, Colombia)
- Daniel Crockett (Blue Marine Foundation)
- Laurent Debas (Planète Mer)
- Cameron Diver (Island Conservation)
- Bruno Dumontet (Expédition MED)
- Minna Epps (IUCN)
- Nicolas Fournier (Oceana)
- Brittney Francis (Communications INC)
- Alexis Grosskopf (OceanHub Africa)
- Shaha Hashim (Maldives Resilient Reefs)
- Sophie Hulme (Communications Inc Limited)
- Rebecca Hubbard (High Seas Alliance)
- Suzanne Johnson (UN Global Compact)
- Stacy Jupiter (Wildlife Conservation Society)
- Loyiso Dunga (Parley South Africa – The Seeds of Good Hope)
- Mathilde Ollivier (Sénatrice des Français établis hors de France)
- Peggy Kalas (Oceano Azul Foundation)
- Marina Levy (IRD)
- Tony Long (Global Fishing Watch)
- Cédric Marteau (LPO)
- Fabrice Messal (Mercator Ocean International)
- Lance Morgan (Marine Conservation Institute)
- Eric Morbo (Surfrider Foundation Europe)
- Gabriel Muswali (EARFISH)
- Gonzalo Muñoz (Ambition Loop)
- Imogen Napper (IUCN ESARO)
- David Obura (CORDIO East Africa)
- Laura Pereira (Global Change Institute)
- Geneviève Pons (Europe Jacques Delors)
- Maïssa Rababy (OnlyOne)
- Kilaparti Ramakrishna (Woods Hole Oceanographic Institution)
- Karen Sack (ORRAA)
- Rocky Sanchez Tirona (Rare)
- Thomas Sberna (IUCN)
- Hélène Soubelet (Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité)
- Francis Staub (Blue Pangolin Consulting)
- Kristian Teleki (Fauna & Flora International)
- Torsten Thiele (Global Ocean Trust)
- Nigel Topping (Ambition Loop)
- Tobias Troll (Seas at Risk)
- Arthur Tuda (WIOMSA)
- Alexander Turra (UNESCO Chair for Ocean Sustainability, University of São Paulo)
- Mirella von Lindenfels (Communications Inc Limited)
- Ilena Zanella (Misión Tiburón)
- Angelique Pouponneau (Personal capacity)
- Sandrine Bélier (Humanité et Biodiversité)
- Didier Gascuel (Institut Agro)
- Isabelle Poitou (Association MerTerre)
- Maria Damanaki (Ancien Commissaire de l’Union Européenne chargé des affaires maritimes et de la pêche)
- Alain Schuhl (CNRS)
- Natalie Andersen (IPSO)
- Simon Bernard (Plastic Odyssey)
- Alfredo Giron (Friends of Ocean Action)
- Elodie Martinie Cousty (CESE)
- ‘Aulani Wilhelm (Nia Tero)
- Lucy Babey (ORCA)
- Rym Benzina (La Saison Bleue)
- Jessie Turner (International Alliance to Combat Ocean Acidification)
- Arnaud Brival (The Sea People / Orang Laut)
- Sandy Tudhope (Edinburgh Ocean Leaders)
- Bruno Monteferri (Kuyapanakuy Collective)
- Patricia Ricard (Institut Océanographique Paul Ricard)
- Marie-Céline Piednoir (Positive Ripple Consultancy)
- Ronald Tardiff (1000 Ocean Startups)
- Guillermo Ortuño Crespo (IUCN WCPA High Seas Specialist Group)
- Richard Brisius (The Ocean Race)
- Vatosoa Rakotondrazafy (IPLC Champion IUCN)
- Hugo Tagholm (Oceana UK)
- Ana Spalding
- Josheena Naggea (Stanford Center for Ocean Solutions)
- Céline Liret (Océanopolis)
- Anne Park (Sustainable Ocean Alliance)
- Jhorace Tupas (ASEAN Centre for Biodiversity)
- Meriwether Wilson (University of Edinburgh)
- Nick Hardman-Mountford (Conservation International)
- Johnny Briggs (Pew Bertarelli Ocean Legacy)
- Shirley Binder (Pew Bertarelli Ocean Legacy)
- Raphaelle Flint (Dona Bertarelli Philanthropy)
Et plus à venir…
