Rapport de diffusion des connaissances
Technologies d’élimination du CO2 dans l’océan : promesses et menaces
Dans le cadre de l’Accord de Paris, les États se sont engagés à limiter le réchauffement climatique mondial à 2 °C, voire 1,5 °C. Dans la plupart des scénarios climatiques, la neutralité carbone est atteinte par la décarbonation rapide des économies, complétée par la capture et la séquestration de CO2 à grande échelle. Les experts parlent alors d’élimination du dioxyde de carbone (EDC).
L’océan est un allié de taille dans cette lutte contre le changement climatique : gigantesque « pompe à carbone », il capture chaque année 25 % des émissions de CO2 issues des activités humaines. Cette capacité naturelle repose sur des processus physiques, chimiques et biologiques impliquant le transfert de carbone dissous ou sous forme de matière organique vers les fonds marins.
Depuis les années 1980, des scientifiques et des entreprises explorent différentes technologies qui permettraient à l’océan d’éliminer de plus grandes quantités de CO2 atmosphérique ; par exemple en y déversant de grandes quantités de roches calcaires réduites en poudre, ce qui, par réaction chimique, permettrait de « neutraliser » le CO2 dans l’eau. Ces approches, encore expérimentales et potentiellement très risquées pour les écosystèmes marins et les communautés, sont regroupées sous le terme d’EDC en milieu marin (EDCm).
La question du rôle que ces technologies doivent jouer dans les stratégies de lutte contre le changement climatique fait aujourd’hui l’objet d’une controverse croissante au sein de la communauté océan-climat. Ce débat est d’autant plus complexe que le domaine est récent et les enjeux, entre science et gouvernance, nombreux. Tandis que les investissements et les expérimentations en mer se multiplient, le débat public doit pouvoir s’appuyer sur des connaissances solides et actualisées.
Dans le cadre de son travail de médiation scientifique, la Plateforme Océan & Climat publie Technologies d’élimination du CO2 dans l’océan : promesses et menaces. Ce dossier propose un état des connaissances actuelles sur l’EDCm, examine les opportunités et les limites de ces approches, et met en lumière les principaux enjeux scientifiques, environnementaux, sociaux et de gouvernance afin d’éclairer le débat public et la décision politique.
Alors que les technologies d’EDCm suscitent un intérêt croissant, l’analyse des connaissances disponibles conduit à plusieurs constats majeurs. Le rapport met en lumière cinq messages clés :
- La recherche scientifique demeure indispensable pour évaluer l’efficacité et les impacts de l’EDCm. Les connaissances disponibles restent limitées et les expérimentations menées à ce jour ont mis en évidence d’importants risques pour les écosystèmes marins. Les essais en milieu naturel demeurent controversés, notamment en raison des incertitudes entourant leurs effets à long terme et, dans certains cas, de la vente de crédits carbone.
- Les investissements dans l’EDCm connaissent une croissance rapide, soulevant des enjeux de gouvernance et d’allocation des ressources. Les financements, publics et privés, peuvent contribuer à améliorer les connaissances scientifiques sur l’EDCm et sur l’océan en général. Toutefois, un questionnement demeure sur les arbitrages entre soutien à l’EDCm, réduction des émissions et adaptation au changement climatique.
- Les incertitudes scientifiques, les risques socio-écologiques et les lacunes réglementaires limitent les perspectives de déploiement. À l’exception du carbone bleu, aucune technologie d’EDCm ne dispose du niveau de maturité permettant d’envisager un déploiement à grande échelle en toute sécurité et dans un cadre de gouvernance satisfaisant.
- L’EDCm soulève des questions éthiques importantes. Le principal risque est qu’une « promesse technologique » détourne l’attention et les efforts des politiques de réduction des émissions, tandis que la modification à grande échelle du système Terre pourrait entraîner des rétroactions imprévisibles.
- La réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre reste la priorité absolue. Même dans les scénarios les plus favorables, l’EDCm ne pourrait constituer qu’un complément limité à la décarbonation et ne saurait se substituer à celle-ci.
