Alors qu’il y a dix ans, l’océan était le grand absent des négociations internationales sur le climat et la biodiversité, il occupe désormais une place de plus en plus importante. Depuis l’intégration de l’océan dans le Préambule de l’Accord de Paris en 2015, la communauté scientifique, la société civile et des coalitions d’Etats se mobilisent pour faire reconnaître le rôle de l’océan dans la régulation du climat et les nombreux services qu’il apporte à nos sociétés. Une mobilisation qui a porté ses fruits, comme en atteste la décision finale de la COP26 qui reconnaît les écosystèmes marins comme « puits de carbone », et qui instaure un dialogue “océan-climat” annuel dans le cadre du SBSTA.  

Malgré ce pas en avant, la planète se réchauffe, l’état de l’océan est fortement dégradé et la perte de la biodiversité s’accélère. Il est donc urgent de prendre des décisions ambitieuses pour s’attaquer conjointement à ces défis. Le One Ocean Summit, organisé à l’initiative du Président de la République française du 9 au 11 février dernier à Brest, a donné le la à la série d’événements internationaux qui vont jalonner l’année 2022.

De New York à Charm El Cheikh, quels sont les principaux enjeux des grands rendez-vous internationaux qui vont rythmer l’année à venir pour l’océan, le climat et la biodiversité ?  

 

Négociations internationales pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà de la juridiction nationale (BBNJ), New York, Etats-Unis.

La quatrième session de la conférence intergouvernementale pour l’élaboration d’un cadre juridique international pour la protection de la haute mer se tiendra du 7 au 18 mars à New York. Suspendues depuis 2020 du fait de la pandémie, les négociations autour de la proposition de traité doivent se poursuivre et se conclure cette année par l’adoption d’un accord. Les négociations porteront sur les enjeux liés aux ressources génétiques marines et au partage des avantages; les outils de gestion par zones, tels que les aires marines protégées; les études d’impact environnemental des activités en haute mer, ainsi que le transfert des technologies vers les pays en développement. Elles porteront également sur le dispositif institutionnel du traité, essentiel à sa mise en œuvre. L’enjeu est de taille puisque sans gouvernance internationale, la haute mer, représentant plus de 60% de l’océan, fait face à des fortes pressions qui menacent sévèrement la biodiversité marine qu’elle abrite et les populations qui en dépendent. 

 

Our Ocean Conference à Palaos, Océanie 

Initialement prévue pour décembre 2020, la septième édition de Our Ocean Conference se déroulera le 13 et 14 avril à Palaos. Ce rendez-vous international, dédié à la protection de l’océan, rassemblera des acteurs étatiques et non étatiques, et s’articulera autour des six ‘domaines d’action’ suivants: changement climatique, pêche durable, économie bleue durable, aires marines protégées, sécurité maritime et pollutions marines. Les participants seront réunis autour de l’identification de solutions pour améliorer la gestion des ressources marines, renforcer la résilience de l’océan face aux effets du changement climatique et protéger l’océan pour les générations futures. 

La Présidence de Palaos entend mettre le nexus océan-climat au cœur des discussions. Les engagements, que sont tenus de prendre les États, acteurs économiques et membres de la société civile en amont de la conférence, devront répondre à cet impératif. 

 

COP15 de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) – Kunming, Chine

Initialement prévue à l’automne 2020, la 15ème Conférence des Parties (COP) de la Convention sur la diversité biologique a également souffert de multiples reports dûs au contexte sanitaire mondial. Organisée en deux temps, la première partie des négociations en ligne en octobre 2021 était consacrée à l’adoption de la Déclaration de Kunming et à la préparation du cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020. 

Désormais prévue du 25 avril au 8 mai, la deuxième partie de la COP15 devrait très probablement être repoussée à l’été 2022. Les Etats membres devront faire le bilan du plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020 – dont les 20 objectifs d’Aichi n’ont globalement pas été atteints – et s’accorder sur une décision finale pour le cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020. Le projet pour l’après 2020, publié par le secrétariat de la CDB en juillet 2021, inclut notamment l’objectif de conserver  au moins 30% des zones terrestres et maritimes, de restaurer 20% des écosystèmes marins, d’eau douce et terrestres d’ici 2030, de développer une finance durable ainsi que de renforcer les synergies entre les conventions internationales. 

 

Sommet “Stockholm + 50” – Stockholm, Suède

Pour le cinquantième anniversaire du premier rendez-vous mondial dédié à l’environnement dans la capitale suédoise, les Nations Unies organisent le Sommet “Stockholm + 50 : une planète saine pour la prospérité de tous et de toutes – notre responsabilité, notre opportunité” les 2 et 3 juin. Il sera le moment de dresser le bilan des cinquante dernières années d’action multilatérale en faveur de l’environnement depuis la création du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

S’inscrivant dans la Décennie d’Action, ce sommet vise à impulser une réflexion collective mondiale. Tous les participants sont invités à partager leurs expériences et initiatives afin de mettre en œuvre des solutions ambitieuses pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) et lutter conjointement contre le changement climatique, la dégradation de l’océan et la perte de la biodiversité. 

 

Dialogue “océan-climat” du SBSTA de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) – Bonn, Allemagne

La deuxième édition du dialogue “océan-climat” sous l’égide de l’organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique, connu sous le nom de SBSTA, se tiendra pendant les intersessions de la CCNUCC (SBSTA 56), du 6 au 16 juin à Bonn. Le Dialogue Océan-Climat, organisé pour la première fois en décembre 2020, aura lieu annuellement à partir de juin de cette année. Le Dialogue rassemble des acteurs étatiques et non étatiques pour discuter de la manière de renforcer les mesures d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets sur l’océan.  

En préparation de ce dialogue, un appel à contributions a été publié pour que les Parties, organisations observatrices et acteurs non étatiques soumettent leurs propositions sur les thèmes à adresser dans le cadre du dialogue sur l’océan et le changement climatique. L’appel à contribution est ouvert jusqu’au 25 mars sur le portail dédié de la CCNUCC

 

La Conférence des Nations Unies sur l’ODD 14 – Lisbonne, Portugal

Initialement prévue en 2020 , la deuxième conférence des Nations Unies sur l’océan, co-organisée par le Portugal et le Kenya, aura lieu du 27 juin au 1er juillet à Lisbonne. Point d’orgue de l’année pour l’océan, cette conférence internationale aura pour objectif de mobiliser les Etats, institutions internationales et intergouvernementales, communauté scientifique, ONG et acteurs privés, afin d’accroître les actions fondées sur la science et l’innovation pour atteindre l’objectif 14 de développement durable dédié à la “Vie Aquatique” et tous les autres ODD dont la mise en oeuvre à l’horizon 2030 dépend de la bonne santé de l’océan. 

Les parties prenantes participeront à des discussions (‘dialogues interactifs’) sur huit thèmes, correspondant aux sept cibles spécifiques de l’ODD 14 et à la recherche scientifique, afin d’évaluer les obstacles et proposer des mesures concrètes pour les atteindre à l’horizon 2030. En préparation de ces discussions, les parties prenantes étaient invitées à soumettre leurs propositions avant le 21 février dernier. Elles sont désormais accessibles sur le site de la conférence.

 

La COP 27 de la CCNUCC – Charm el-Cheikh, Egypte

La 27e Conférence des Parties de la CCNUCC aura lieu du 7 au 18 novembre dans la ville de Charm el-Cheikh, sur les bords de la mer rouge. Alors que la décision finale de la COP26 a renforcé la reconnaissance et l’institutionnalisation de l’océan dans les négociations climatiques internationales, il est maintenant important que les efforts convergent pour traduire ces avancées en actions concrètes. 

En tant que “puits de carbone” les écosystèmes marins et côtiers ont un rôle essentiel à jouer dans l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Alors que de nombreux États avaient inclus des mesures d’atténuation et d’adaptation fondées sur ces écosystèmes dans leur contribution déterminée au niveau national (CDN) révisée en 2021, leur potentiel reste encore trop peu exploité. Le prochain cycle de révision des CDN, qui aura lieu cette année et désormais annuellement, doit être l’occasion pour les États membres de mobiliser davantage les solutions fondées sur la nature côtière et marine dans leur stratégie nationale. La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit être une priorité pour limiter le réchauffement global en dessous de 1.5°C et préserver l’intégrité de l’océan. Les Parties doivent accroître leurs ambitions et leurs efforts qui, jusqu’à présent, ne sont pas à la hauteur de l’urgence climatique. 

La Plateforme Océan & Climat, aux côtés de ses membres et de l’ensemble de communauté océan,  restera très mobilisée pour porter ce message auprès des décideurs politiques. En tant que point focal océan et zones côtières du Partenariat de Marrakech de l’Agenda Global de l’Action Climatique (GCA) depuis 2020, la POC co-organisera le Oceans Action Day afin de mettre en avant le rôle fondamental de l’océan, les défis auxquels il fait face et les solutions qu’il peut apporter. 

 

 

Les attentes sont nombreuses pour cette année  2022, qui pourrait marquer un tournant dans la gouvernance mondiale de l’océan. Pour cela, les parties prenantes doivent prendre des décisions ambitieuses et cohérentes les unes avec les autres, et les traduire sans plus attendre en actions concrètes. Tous les efforts doivent converger vers un but commun : préserver l’océan pour protéger le climat, la biodiversité et les sociétés humaines. La Plateforme Océan & Climat et ses membres, ainsi que la communauté océan, seront plus que jamais mobilisés pour porter ce message et s’assurer que l’année 2022 soit enfin une année bleue. 

 

Eva Matescot