Le 9 novembre, la 31e Conférences des Parties (COP31) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s’ouvrira à Antalya, en Turquie. Un an après avoir soumis leurs nouvelles stratégies climatiques, également appelés Contributions Déterminées au niveau National (CDN), les pays restent confrontés à un défi majeur : accélérer leur mise en œuvre concrète. L’océan, l’un de nos plus précieux alliés dans la lutte contre le changement climatique, a un rôle essentiel à jouer. Dans le contexte où l’Australie dirige les négociations en partenariat avec les pays insulaires du Pacifique, et que la Turquie a placé l’océan parmi ses priorités pour l’Agenda de l’Action, la COP31 pourrait placer l’océan au cœur des discussions climatiques mondiales et accélérer le déploiement de solutions fondées sur l’océan. L’ambition est claire : faire de la COP31 une « COP bleue ». Mais tiendra-t-elle ses promesses ?

Construire une dynamique autour d’une décision sur l’océan

La conférence s’ouvrira dans un contexte géopolitique toujours plus complexe, fragilisant davantage la coopération internationale. Les attaques contre la science se multiplient et la désinformation continue de gagner du terrain, notamment sur le changement climatique, et les preuves scientifiques se heurtent encore au déni. Pourtant, les conclusions de l’Emissions Gap Report 2026 sont sans appel : au rythme des politiques actuelles, le monde se dirige vers un réchauffement de +2,8 °C d’ici à 2100, bien au-delà de la limite de +1,5 °C fixée par l’Accord de Paris.

Dans ce contexte, la COP31 devra acter le passage de l’ambition à l’action. Un défi de taille, d’autant que la conférence repose cette année sur un dispositif inédit de double présidence. La Turquie accueille la COP31 et préside l’Agenda de l’Action, tandis que l’Australie préside les négociations. Dans ce contexte, l’océan constitue un point de convergence, les deux présidences en yant fait une priorité. L’Australie entend faire en sorte que les priorités liées à l’océan soient tranversales à l’ensemble de l’agenda climatique tel un « courant continu et orienté », tandis que la Turquie, historiquement moins mobilisée sur ces questions, souhaite tisser un « fil bleu » entre les négociations et l’Agenda de l’Action. Cette situation offre une opportunité majeure de voir émerger une décision ambitieuse pour l’océan.

La Pré-COP, organisée début octobre aux Fidji et à Tuvalu, a permis de renforcer cette dynamique. Une attention particulière a été accordée à l’amélioration de l’accès aux financements climatiques et à l’intégration de l’océan dans l’ensemble du régime climatique. Ces priorités se reflètent dans la Déclaration Taku Pakasoa et dans la lettre des Amis de l’Océan et du Climat, qui identifient des mesures concrètes relatives à l’océan et au climat, susceptibles d’être adoptées à Antalya. Par ailleurs, plus tôt ce mois-ci, la présidence de la COP31 a franchi une étape inédite en nommant un binôme ministériel dédié à l’océan, réunissant le Canada et les Palaos, chargé de renforcer l’engagement politique et de mobiliser des soutiens en faveur d’une décision pour l’océan.

Faire le lien entre ambition et action en intégrant l’océan aux processus de la Convention

Faire le lien entre ambition et action en intégrant l’océan aux processus de la ConventionBien que la COP31 ne soit marquée ni par la soumission de nouvelles stratégies ni par la conclusion d’un bilan mondial, elle est loin d’être une échéance sans enjeux. La densité de l’ordre du jour des négociations témoigne de l’ampleur des questions à traiter, avec notamment des décisions attendues dans plusieurs domaines qui contribueront à façonner le prochain chapitre de l’action climatique mondiale – et l’océan doit faire partie intégrante de ces discussions.

Depuis 2015, la place de l’océan dans les négociations climatiques a considérablement évolué : d’une simple mention dans l’Accord de Paris, il est devenu progressivement intégré aux différents processus de la Convention. Cette intégration reste toutefois inégale et ne répond pas encore à l’approche systématique nécessaire pour relier les solutions climatiques fondées sur l’océan aux mécanismes et ressources indispensables à leur déploiement à grande échelle. La COP31 doit accélérer ces efforts, conformément à la décision adoptée lors de la COP26 et dans le prolongement de la vision australienne d’un « courant océan ». Le Dialogue sur l’Océan et le Changement Climatique pourrait contribuer à conduire et coordonner ces efforts, en jouant un rôle plus stratégique pour éclairer les négociations et orienter les décisions politiques. Cela, à condition qu’un plan de développement pluriannuel, aligné sur le cycle de l’Accord de Paris, soit adopté. Il pourrait définir des orientations stratégiques, suivre les progrès accomplis, identifier les lacunes, réorienter les efforts et veiller à ce que l’océan occupe une place plus importante dans les différents points de l’ordre du jour, plutôt que de voir un point spécifique lui être consacré.

À Antalya, les discussions se concentreront notamment sur l’atténuation et l’adaptation. Les négociations se poursuivront dans le cadre du Programme de travail sur l’atténuation, parallèlement à la feuille de route pour une sortie progressive des énergies fossiles, portée par la présidence de la COP30. Les Parties reprendront également les discussions sur l’Objectif mondial en matière d’adaptation, alors que des désaccords persistent sur les questions liées au financement et sur la création d’un groupe de travail chargé d’apporter un soutien technique sur les indicateurs. Dans ces deux domaines, il sera essentiel de faire valoir le potentiel de l’océan, en mettant en lumière les enjeux et opportunités spécifiques qu’offrent les solutions qu’il offre.

Enfin, les moyens de mise en œuvre, en particulier le financement, restent une priorité majeure. Suite au lancement d’un programme de travail sur le financement climatique l’an dernier, les discussions porteront sur l’alignement des flux financiers sur les trajectoires de transition climatique, la mise en œuvre du Nouvel Objectif Chiffré Collectif (NOCC) pour le financement de la lutte contre le changement climatique et l’avancement de la feuille de route de Bakou à Belém vers les 1 300 milliards de dollars. Les conclusions du Forum 2026 du Comité permanent du financement, consacré à « Financer l’action climatique pour les systèmes d’eau et l’océan », pourraient conduire à une décision politique durant la COP31 et contribuer à orienter les financements climatiques vers des solutions fondées sur l’océan.

Faire de l’océan un levier d’action des stratégies climatiques à l’heure de la mise en œuvre

Alors que la communauté internationale se concentre sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris, dans le prolongement des conclusions du Bilan mondial et de l’Emissions Gap Report 2026, la COP31 mettra les stratégies nationales climatiques à l’honneur. L’enjeu est de traduire ces engagements en résultats concrets, au rythme qu’exige l’urgence climatique. L’océan, qui pourrait contribuer à 35 % des réductions d’émissions nécessaires d’ici à 2050, a un rôle essentiel à jouer. Son potentiel se reflète de plus en plus dans les plans nationaux : 90 % des pays côtiers et insulaires intègrent au moins une mesure climatique fondée sur l’océan dans leur dernière CDN. Malgré ce signal encourageant, un écart de mise en œuvre persiste : plus de 60 % des nouveaux engagements liés à l’océan et au climat restent conditionnés à un soutien financier et technique.

Un an après son lancement, le Blue NDC Challenge franchit une nouvelle étape pour combler cet écart. Le Brésil et la France, qui en assurent la coprésidence, ont annoncé leur intention d’aider les pays participants à concrétiser leurs engagements en faveur de l’océan et du climat. À cet égard, la COP31 marquera une étape clé avec le lancement officiel du mécanisme de mise en œuvre du Challenge.

Cette nouvelle étape intervient dans un contexte particulier : la COP31 marque le lancement du deuxième Bilan mondial – un processus de deux ans destiné à évaluer les progrès collectifs vers les objectifs de l’Accord de Paris et à déterminer les efforts supplémentaires nécessaires – et la soumission des rapports de transparence, qui complètent le Bilan mondial en donnant une vue d’ensemble des progrès réalisés à l’échelle nationale. L’océan doit occuper une place plus importante dans l’ensemble des processus techniques et dans les conclusions politiques du Bilan mondial, afin que son rôle essentiel dans la lutte mondiale contre le changement climatique soit pleinement reconnu et pris en compte.

Une mobilisation collective pour faire valoir l’océan au sein de l’Action Agenda

Si les CDN restent le principal instrument de mise en œuvre de l’Accord de Paris, l’Agenda de l’Action joue également un rôle croissant. Redynamisé sous la présidence brésilienne de la COP30, il met en avant des solutions concrètes, déployables à grande échelle et mises en œuvre sur le terrain par des acteurs non étatiques. Dans le prolongement de cette dynamique brésilienne, la Turquie, qui préside l’Agenda de l’Action de la COP31, a fait des « Océans et mers » l’une de ses dix priorités. Des initiatives récentes, notamment l’atelier Océan et mers, organisé à Istanbul en août, et le Blue Dialogue, tenu à Trabzon en septembre, témoignent également de son ambition de faire progresser l’action climatique fondée sur l’océan.

Pour traduire cette ambition en action, le « Blue Package » – le plan de la communauté océan pour accélérer le déploiement de solutions fondées sur l’océan – fournit une feuille de route commune pour coordonner les efforts et atteindre les Ocean Breakthroughs. En mettant en avant, dans l’Agenda de l’Action, des solutions climatiques fondées sur l’océan à la fois ambitieuses et déployables à grande échelle, la COP31 peut valoriser les avancées déjà réalisées sur le terrain et s’appuyer sur cette dynamique pour renforcer l’ambition des négociations.

Un océan, trois COP : tisser un fil bleu entre les cadres internationaux

Alors que les crises planétaires s’aggravent et que la mise en œuvre des engagements doit s’accélérer, renforcer la cohérence, la coordination et l’efficacité de l’action est plus essentiel que jamais. Pourtant, les plans nationaux pour le climat et la biodiversité sont souvent élaborés et mis en œuvre séparément, au risque de créer des incohérences, une concurrence pour les ressources et une multiplication inutile des obligations de compte-rendu. Une approche plus intégrée est essentielle pour maximiser les bénéfices communs et limiter les compromis, afin d’obtenir des résultats plus cohérents et donc plus bénéfiques pour le climat, la nature et les populations. 

La COP31 se tiendra quelques jours seulement après la COP17 de la Convention sur la diversité biologique (CDB), où le renforcement de la cohérence entre les conventions de Rio figure parmi les priorités. Cette situation offre une opportunité majeure de prolonger cette dynamique dans les négociations climatiques, où les discussions sur la « coopération avec d’autres organisations internationales » sont au point mort. En faisant des synergies entre les conventions de Rio une priorité de son Agenda de l’Action et en lançant le Groupe d’action sur les synergies de Rio, la Turquie peut contribuer à donner un nouvel élan politique à cette question et ainsi répondre à l’appel de la communauté internationale en faveur de synergies.
Intégrer des solutions intégrées fondées sur l’océan à ces discussions peut contribuer à traduire cet appel en actions concrètes sur le terrain. Des initiatives telles que les Ocean Breakthroughs peuvent servir de levier en favorisant l’articulation entre les processus politiques internationaux et l’action nationale, afin de combler l’écart entre l’ambition top-down et la mise en œuvre bottom-up.

Il est essentiel que cette approche intégrée reconnaisse et adresse également les potentiels effets contradictoires qui peuvent lui être associés. La géo-ingénierie marine, qui vise à renforcer la capacité naturelle de l’océan à absorber ou à stocker le CO₂, illustre l’importance du principe de précaution. De nombreuses incertitudes subsistent quant à son efficacité, son déploiement à grande échelle et à ses éventuels effets néfastes sur la biodiversité et les communautés qui dépendent des ressources marines. Si des recherches sont nécessaires pour mieux comprendre son potentiel et son impact, elles doivent être menées avec des garanties appropriées, sans précipiter un éventuel déploiement, afin que les interventions climatiques ne se fassent pas au détriment de la nature et des populations.

L’océan peut servir de « fil bleu » reliant les conventions de Rio, mais il a également le potentiel de les lier à d’autres cadres internationaux pertinents, notamment l’Accord sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (accord BBNJ). Jalon majeur de la coopération internationale, cet accord réaffirme l’importance du multilatéralisme. Sa mise en œuvre nécessitera une étroite collaboration entre les institutions, les conventions et les processus internationaux, afin que les objectifs mondiaux se renforcent mutuellement plutôt que d’être poursuivis de manière isolée. Elle sera également l’occasion de donner une place plus importante à l’océan dans les discussions plus larges sur les synergies et de renforcer les efforts en faveur d’une gouvernance de l’océan plus intégrée.

Dans un contexte géopolitique de plus en plus fragmenté, l’océan peut offrir bien plus que des solutions climatiques : il peut être un “terrain fertile” pour renouveler la coopération internationale. Son rôle central dans l’action climatique, la préservation de la biodiversité et le développement durable en fait un levier essentiel pour décloisonner les approches et accélérer la mise en œuvre des engagements. En définitive, une « COP bleue » ne se mesurera pas à la place accordée à l’océan dans les discussions, mais à la capacité de cette dynamique politique à se traduire par des avancées durables. L’enjeu est de faire en sorte que l’océan ne soit plus traité comme un sujet à part, mais reconnu comme un moyen de concrétiser des priorités déjà établies.